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Nous nous interrogeons tous à un moment ou à un autre sur le devenir de nos enfants quand ils sont amenés à s’éloigner totalement ou partiellement de leur école pour bénéficier d’une prise en charge en ITEP. Même s’il existe des enquêtes, elles ne donnent pas de statistiques précises et quand bien même ces chiffres ne répondront pas individuellement aux questions que nous nous posons tous car autant d’enfants, autant de parcours différents et parfois surprenants.
Il nous paraît intéressant de vous faire découvrir au travers des témoignages qui suivent divers chemin pris par des jeunes ayant passé un temps plus ou moins long en ITEP. Au-delà de ces exemples il existe bien d’autres trajectoires possibles.
Comme tous les enfants dits " en difficulté", notre fils K, aujourd’hui âgé de 18 ans, vient de sortir de bien des années difficiles.Un petit mot d’Espoir
Quel avenir professionnel ?
Ma fille J., 19 ans, vient d’entrer pour sa 3ème année en IME, après avoir quitté un ITEP.
Ses années en ITEP s’étaient globalement bien déroulées si l’on fait abstraction du problème de communication ITEP/parents avec cet établissement.
Le changement ITEP vers IME* s’est fait en douceur. Pas de différence de prise en charge importante.
L’IME étant une plus petite structure, l’ambiance y est peut-être plus familiale, le contact et les échanges avec la direction y sont plus faciles.
Les jeunes qui y sont accueillis ressemblent à ceux accueillis par l’ITEP. Là aussi, rien de très différent.
Je m’attendais à une vraie « formation professionnelle » dans l’IME. Il n’en est rien.
Jusqu’à présent les stages ont été très (trop) peu nombreux.
J’ai compris que pour que les jeunes puissent faire des stages en CAT*, il faut que des places s’y libèrent, soit parce qu’il y a un travailleur en vacances, ou malade, ou...
Or les CAT sont la dernière étape, sauf de rares exceptions. C’est le terminus ! Et là, ça bloque...
Tout le problème maintenant va être de préparer J. à la sortie de l’IME. J’ai toujours une sensation de lenteur dans l’évolution de J. Je pensais voir plus d’énergie déployée.
Cela est peut-être lié au fait qu’il n’y a pas eu de véritable changement dans le travail fait avec les éducateurs par rapport à ceux de l’ITEP, mais plutôt une continuité.
Je pensais qu’on allait rentrer dans le vif du sujet « avenir professionnel » dès sa 1ère année à l’IME et les années passent et...
C’est probablement le cas de tous les jeunes qui n’ont pas un projet professionnel bien ciblé.
Pour ma part, je suis toujours dans l’incapacité totale de faire le moindre projet pour J.
Le long chemin vers l’autonomie
Quelle orientation pour notre fils à la sortie de l’ITEP ?
Pour nous, toujours la même interrogation : Est-ce qu’il ne veut pas ou bien est-ce qu’il ne peut pas ?
Face au constat de ses difficultés, l’IME a alors semblé plus judicieux.
Il a donc été accueilli par un IME pour ados (14 - 20 ans) et s’y est installé pour les 6 années suivantes. S’il n’y a pas trouvé une préformation professionnelle, il a malgré tout pu y acquérir plus d’autonomie, une meilleure appropriation de la vie extérieure ainsi qu’une plus grande acceptation de ses difficultés.
Lui, si angoissé,a appris à exprimer ses désirs et ses émotions. Dans les choix que nous avons faits pour lui nous sommes restés attentifs à ce qu’il se sente le plus serein possible.
Cependant ce n’était que la première étape, un petit pas vers sa vie d’adulte. Alors une bonne année avant sa sortie, à notre demande, il a fait plusieurs stages dans divers ESAT afin d’y découvrir les établissements qui pourraient l’accueillir et les activités qu’il pourrait y pratiquer.
Devant son impossibilité à travailler 5 journées consécutives nous avons été contraints de constater que la marche était un peu haute. Un travail à mi-temps en ESAT lui a donc été proposé, l’autre mi-temps il est accueilli en SACAT, foyer d’accueil à la journée pour jeunes adultes.
En fait c’est une vraie chance pour lui, une mise au travail en douceur avec une perspective d’avenir dans un cadre qui le soutient dans ses apprentissages. Il est donc accueilli 3 jours par semaine à la SACAT où il participe à diverses activités telles que l’atelier « contes » ou l’atelier jardinage, il va à la médiathèque, au cyber centre, il prépare le repas ; en fait il apprend à mieux gérer sa vie d’adulte. Il passe les 2 autres journées à l’atelier pâtisserie de l’ESAT où il a trouvé un environnement qui lui plaît beaucoup car il est gourmet. Il y apprend le métier comme un vrai professionnel et tout doucement la technique rentre.
Evidemment ce n’était pas tout à fait ce que nous avions imaginé pour lui, mais il y est bien et chaque jour il continue à avancer sur le long chemin des apprentissages de la VIE EN AUTONOMIE
Nous retrouvons Maxime que nous avions quitté en 2004 alors qu’il terminait sa 3ème année en ITEP.Maintenant la suite lui appartient
Maxime a quitté l’ITEP à 12 ans pour intégrer une 6ème SEGPA avec un accompagnement SESSAD mais il n’a pas réussi à trouver sa place dans cette structure et a demandé à retourner en ITEP dès l’année suivante.
L’ITEP le rassurait mais pour nous, parents, ce fut comme un constat d’échec et un retour en arrière très difficile à accepter. Nous avons pourtant du nous y résoudre car il nous a clairement montré par son comportement très agité que c’était la seule solution pour lui..
Nous avons trouvé une place assez rapidement dans un ITEP qui lui a permis dès 14 ans de découvrir le monde professionnel par de nombreux stages en entreprise car les tentatives de scolarisation tournaient toutes à l’échec.
Il a fallu accepter une déscolarisation complète pendant plus d’un an pour qu’il reprenne enfin contact avec l’école par le biais de cours particuliers à domicile. C’est grâce à une rencontre avec un professeur qui a su le motiver et lui redonner confiance en lui qu’il a renoué avec les apprentissages scolaires et surtout avec l’écrit très angoissant pour lui.
C’est souvent par le biais de rencontres comme celle-là que se débloquent les situations.
Au delà des progrès de Maxime, ce professeur a su nous montrer les qualités de notre fils que nous n’arrivions plus à voir car nous étions trop axés sur les difficultés scolaires (surtout moi sa maman et je crois que c’est le cas de beaucoup de mères).
Maxime était dans sa 15ème année et il était temps de réfléchir à sa sortie d’ITEP. Nous avons fait énormément de recherches personnelles et nous sommes sentis très seuls dans cette période car l’ITEP n’avait pas grand chose à nous proposer.
Nous avons opté pour une classe de 3ème de découverte professionnelle en internat dans un lycée de la Fondation d’Auteuil* qui fait un travail formidable auprès des jeunes en difficultés qui n’ont aucune solution dans le système classique.
Ce fut néanmoins une année très dure pour lui car il s’est retrouvé avec des jeunes dont certains très déstructurés mais ça lui a permis de murir et l’éloignement de la maison a été bénéfique pour tout le monde car de notre côté nous avons soufflé un peu.
A l’issue de cette année de 3ème, il a décroché son CFG et plus incroyable son brevet des collèges série technologique.
Il a passé ensuite plusieurs sélections pour faire un CAP d’agent de prévention de sécurité (APS) et il a reçu une réponse positive à Vendôme où il vient d’intégrer la classe de 1ère année de CAP APS en lycée professionnel.
C’est un énorme poids en moins pour nous les parents car il était fixé sur cette orientation depuis très longtemps et n’envisageait aucune autre piste en cas d’échec. Il a maintenant plus de 16 ans, on ne peut pas décider pour lui et je ne voyais pas bien son avenir avec un retour à la maison sans aucune occupation.
Maintenant la suite lui appartient et nous tournons une page même si toutes les difficultés ne sont pas réglées.
Je suis optimiste pour son avenir mais il faut rester très présent : à la fois ferme même s’il accepte plus difficilement notre intrusion dans ses études et compréhensif car il se décourage vite devant les difficultés.
Nous devons continuer à lui fixer des règles tout en maintenant le dialogue et en lui laissant une marge de manœuvre pour qu’il prenne son autonomie.
Voilà un exemple qui j’espère montrera qu’on peut y arriver et qu’en tant que parents, il ne faut pas lâcher mais également qu’il ne faut pas hésiter à se faire aider pour tenir le coup. C’est au prix de beaucoup d’efforts et d’énergie qui laissent des traces, en tout cas pour moi, mais ça valait la peine.
J’ai trouvé ma voie
J’ai eu un parcours différent des autres et souvent difficile, à cause de troubles envahissants du développement. Je suis allé d’abord en CLIS pendant 3 ans, puis pendant 6 ans en ITEP.
Malgré tout j’ai eu mon CFG à 16 ans à la sortie de l’ITEP. Ensuite j’ai retrouvé le circuit scolaire ordinaire et j’ai fait dans un lycée professionnel une 3e d’Insertion et après une 2e d’Insertion* et j’ai eu mon brevet des collèges, série professionnelle. Ca a été une grande joie.
Aujourd’hui j’ai 19 ans, je suis en 2e année de CAP horticole ; la vie au lycée comme en stage se passe bien et même si parfois ça me demande de gros efforts pour communiquer ça me plait beaucoup. J’ai trouvé ma voie.
Aujourd’hui je n’ai plus besoin des professionnels de l’ITEP, du SESSAD ou du CMP* qui m’ont aidé jusqu’à l’année scolaire dernière.
La prochaine étape sera de trouver du travail. Ce sera sûrement difficile, comme pour tout le monde mais je me dis que j’ai déjà franchi de gros obstacles alors j’ai confiance.
J’ai confiance parce que mon entourage : ma famille, mes professeurs, mes maîtres de stages ont confiance en moi.
T.