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Mon grand fils, notre grand fils, est désormais majeur bien que par certains côtés il soit encore un peu enfant, notre grand enfant... un grand calme, ignorant toute violence, juste quelques essais récents de mots un peu plus hauts que les autres ... où il donne l’impression d’essayer de faire comme d’autres, de s’opposer ... et de nous faire sa petite crise d’adolescence un peu tardive.
Décalage qui existe depuis tout petit, depuis que certaines difficultés, certaines angoisses ou certaines habitudes rituelles lui remplissent la tête et freinent son évolution « normale ».
On dit Troubles du développement ou du comportement ou psychose infantile ou symptômes autistiques ou dyspraxie ...ou ... ou ... Bon, comme nous ne le saurons jamais désormais, ce n’est plus bien important Par contre, il faut bien continuer, pousser, soutenir ...et qu’il trouve sa place dans cette société pas toujours très accueillante pour la différence.
....Et vous les papas comment vous vivez
cela ?
Euh ....je pense comme les mamans, sans doute, pas toujours facilement, pas toujours très bien, une première partie de la vie bascule quand on prend conscience ou
qu’on nous apprend que tout n’est pas tout à
fait « normal »
Après, c’est une autre vie, où tout se
mélange :
La tristesse - de le voir rejeté par d’autres enfants, de le voir isolé, incompris, sans vie de quartier, de ne pouvoir l’accompagner à l’école « au coin de la rue », de constater ses difficultés, ses retards ou son décalage par rapport aux autres jeunes de son âge, de ne pouvoir l’inscrire aux mêmes activités aux mêmes loisirs que les autres (jeunes)
L’incompréhension - de ne pouvoir avoir un diagnostic, qu’on nous dise qu’ « il y a le temps », qu’ « il faut attendre qu’il en ait envie » et qu’après on nous dise à 18 ou 20 ans : « Bon, voilà, il faut désormais sortir ».
La colère - de l’avoir vu rejeté, de voir d’autres jeunes se moquer de lui parce que différent et là ... il faut se retenir.
Les regrets - de ne pas trouver comment lui transmettre certaines choses comme mon père avait pu me les transmettre ...la pêche, les champignons, les livres ou la bande dessinée ..., de ne pas avoir trouvé le moyen de l’aider à sortir facilement de ses rites - le même jeu - le même livre - les mêmes choses à la même heure ... d’avoir du mal à trouver des centres d’intérêts communs ou de n’avoir peut-être pas pris suffisamment de temps pour le faire.
Les difficultés - à accepter cette situation, à essayer aussi de garder le rôle, y compris avec un peu d’autorité pour maintenir le cadre ou éviter que les rites n’envahissent sa vie et aussi la nôtre ... pas toujours facile, et souvent culpabilisant mais après on se sent mieux lui et nous, ... ça réconforte ... Après coup on se dit qu’on a quand même bien fait.
L’inquiétude - sur son avenir, sa vie sociale, sa vie tout court - çà c’est le point le plus fort et
hélas permanent depuis des années ... la recherche de solutions, une année après l’autre.
Et
plus le temps passe, plus l’avenir a un côté incertain que l’on a du mal à maitriser ou à
orienter et donc, qui va dépendre de lui et de la place qu’il aura pu trouver dans la société.
Une activité ? Des amis ? Pourra-t-il être autonome ? Conduire une voiture ? ... se marier ?
Avoir des enfants ? Etc., etc., la liste des interrogations est longue.
Et puis, il y a aussi :
Les petites joies - en voyant ses sourires, ses progrès, sa gentillesse, son envie de bien faire
et ses petits bonheurs à lui, ...et à nous par la même occasion.
La petite fierté du papa - de voir son fils avoir le BSR et de rouler « prudemment » en
scooter par exemple, ou d’avoir son CFG.
Le plaisir - d’avoir rencontré d’autres personnes, parents, amis, quelques professionnels, via
des engagements dans des associations, des CVS, avec qui des liens d’amitiés ce sont noués.
Engagements qui amènent aussi quelquefois la satisfaction d’avoir réussi à grappiller
quelques avantages ou aménagements pour ces jeunes.
Et le bonheur - de le voir parler de ses copains et copines, de s’organiser avec eux des
tchats/mails/sorties/...et même des chicaneries de grands ados.
"Comme si tout était presque « normal »
Un papa